VILLEGLE JACQUES

Galerie Arista

« Être le témoin actif d'une humanité riche en contradictions est une de mes ambitions. C'est l'anonyme de la rue qui intervient sur les reflets de la culture dominante... Je passe après. » (Jacques Villeglé)

"Jacques Villeglé est de ceux pour qui le monde de la rue est un tableau permanent. » (Pierre Restany)

Né le 27 mars 1926 à Quimper, Jacques Villeglé étudie la peinture et le dessin à l'école des beaux-arts de Rennes où il fait la connaissance de Raymond Hains (1945), avec qui il liera une complicité définitive

Dès 1947, il se met à récolter à Saint-Malo des débris du mur de l'Atlantique et des fers tordus, qu'il regarde comme des sculptures.

À partir de décembre 1949, avec Hains, Villeglé commence à récolter des affiches, leur première affiche arrachée, Ach Alma Manétro, étant une œuvre commune. Il limite son comportement appropriatif aux seules affiches lacérées. Pour lui, le véritable artiste est le « lacérateur anonyme », la collecte pouvant être effectuée par n'importe qui : il annonce ainsi le moment de la disparition de la figure de l'artiste, cédant la place au « collecteur » ou collectionneur.

Toujours en collaboration avec Raymond Hains, il réalise quelques films ainsi que Hépérile éclaté (publié en juin 1953), déformation photographique d'un poème phonétique de Camille Bryen.

En février 1954, Villeglé et Hains font la connaissance du poète lettriste François Dufrêne, lui-même précurseur dans le domaine du travail sur les affiches lacérées dont il interroge l'envers (les « dessous »). Il les présente à Yves Klein, puis à Pierre Restany et à Jean Tinguely. Après leur participation commune à la première Biennale de Paris, ils constituent en 1960 le groupe des Nouveaux Réalistes.

À la fin des années 1990, le travail de Jacques Villeglé ouvre la voie à des recherches politico-esthétiques nouvelles. À l'instar de Mimmo Rotella, qui a également travaillé avec des affiches publicitaires retournées puis contrecollées ou transposées en trois dimensions, d'autres artistes, tel que Maxa Meltis, sans avoir recours aux lacérations ni aux arrachages, ont utilisé la juxtaposition de strates de documents imprimés pour laisser apparaître la pertinence et la beauté des préoccupations sociologiques de leur temps.

La diversité d'utilisation de ces procédés a donné naissance à une variété de techniques habilement exploitées : les frottements, effacements, froissements et recouvrements allant même jusqu'à la désintégration des images et des affiches elles-mêmes. Toute cela s'inscrit dans le mouvement initié par Jacques Villeglé au début des années 1950.